France

Voyage d’affaires : Bouygues et Saint-Gobain n’ont toujours pas de plan crédible pour décarboner les déplacements de leurs salariés

maart 12, 2024
Ces sociétés françaises font partie d’un groupe plus large de 25 grandes entreprises internationales qui n’ont toujours pas d’objectif clair et précis de réduction de leurs vols d'affaires.

Deux entreprises fran√ßaises sont √©pingl√©es dans la derni√®re √©dition du classement ¬ę Travel Smart ¬Ľ, qui √©value les efforts et les engagements des multinationales concernant la r√©duction de leurs voyages d‚Äôaffaires en avion. Dans le d√©tail, Bouygues et Saint-Gobain sont consid√©r√©es comme des mauvais √©l√®ves en raison de deux crit√®res : 1) elles affichent des √©missions de CO2 √©lev√©es en raison des d√©placements a√©riens de leurs employ√©s [1] ; 2) elles n‚Äôont pas d‚Äôobjectif cr√©dible et pr√©cis de r√©duction de ces √©missions.

Au total, 25 multinationales présentes dans le classement Travel Smart combinent ces deux problèmes. Cette petite minorité (7% des 328 entreprises évaluées) représente à elle seule 36% de l’ensemble des émissions liées aux voyages d’affaires des sociétés répertoriées dans le classement. Si ces retardataires réduisaient leurs émissions de moitié d’ici 2025 (par rapport au niveau de 2019), ils permettraient d’éviter 5,9 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions rejetées par 3 millions de voitures pendant un an.

Le risque d‚Äôun retour ‚Äú√† la normale‚ÄĚ

L’analyse d√©voile un contraste frappant entre les entreprises d’un m√™me secteur. Pendant que certaines se fixent des objectifs ambitieux, d’autres sont √† la tra√ģne et refusent de le faire, ann√©e apr√®s ann√©e. Dans le secteur du conseil, KPMG et Accenture, sans objectifs de r√©duction, font p√Ęle figure √† c√īt√© de leurs homologues EY, PwC et Deloitte qui sont eux engag√©s dans un processus de diminution des √©missions li√©es aux voyages d’affaires.

Les entreprises peu ou pas engag√©es sur ce th√®me risquent de retrouver rapidement les niveaux de voyages d’affaires pr√©-COVID. Notre outil de suivi en ligne montre que les entreprises qui ne se fixent pas d’objectifs, comme Johnson & Johnson ou Merck, sont d√©j√† revenues √† des niveaux d’√©missions proches de ceux de 2019, avec seulement -28 % et -17 % respectivement en 2022 (alors que la moyenne est de – 48%) [2]. De son c√īt√©, le g√©ant fran√ßais Sanofi ne s‚Äôest pas non plus fix√© d‚Äôobjectifs sp√©cifiques. A l‚Äôinverse, Pfizer affiche des √©missions li√©es aux voyages d‚Äôaffaires en baisse de 78% en 2022, avec une cible pr√©cise de r√©duction.

Siemens, Volkswagen, et Google figurent parmi les autres grands voyageurs du classement qui n’ont pas de plans cr√©dibles pour r√©duire les √©missions li√©es √† leurs d√©placements. Ces entreprises mondiales se consid√®rent comme progressistes et pionni√®res, mais ne s’attaquent pas aux √©missions li√©es au transport a√©rien. Ainsi, l‚Äôensemble des vols de Siemens r√©alis√©s en 2019 repr√©sentent l‚Äô√©quivalent de 2 aller-retour Paris-New York r√©alis√©s chaque jour, pendant un an.¬† Pour mettre en √©vidence les plus fautifs, la campagne Travel Smart a donc cr√©√© de fausses compagnies a√©riennes, telles que Siemens Airlines ou IBM Business Airlines, afin d’attirer l’attention sur leur forte responsabilit√© en mati√®re de r√©duction des vols d’affaires.

¬ę Les grandes entreprises ont une responsabilit√© √©crasante dans la r√©duction du trafic a√©rien. Elles doivent se fixer des objectifs de toute urgence, sous peine d’√™tre distanc√©es par leurs concurrents. Il n’y a pas d’excuses pour ne pas agir, car certaines r√©ussissent tr√®s bien ! Notre √©tude montre qu’il existe une diff√©rence entre les entreprises qui s’engagent en faveur du climat et celles qui, au mieux, se contentent de vagues d√©clarations ¬Ľ, explique J√©r√īme du Boucher, responsable aviation √† Transport & Environnement France.

Des entreprises ne sont pas en phase avec leurs propres engagements

Sur les 328 entreprises √©valu√©es dans le cadre du classement, seules 57 se sont fix√©es des objectifs de r√©duction des √©missions li√©es aux d√©placements professionnels. 44 entreprises d√©clarent l’impact climatique complet de leurs d√©placements (ce qui inclut les √©missions autres que le CO2) – contre 40 l’ann√©e derni√®re. De nombreuses entreprises d√©clarent publiquement qu’elles vont r√©duire leurs √©missions conform√©ment √† l’Accord de Paris. Pourtant, seules sept entreprises suppl√©mentaires ont adopt√© des objectifs depuis l’ann√©e derni√®re. C’est le signe inqui√©tant qu’une majorit√© d’entreprises n’agissent pas assez vite ou ne font pas preuve d’un v√©ritable engagement pour r√©duire les √©missions li√©es au transport a√©rien.

A l‚Äôinverse, 16 entreprises sont class√©es A, la meilleure cat√©gorie, par Travel Smart, soit cinq de plus qu’en 2023. Parmi elles figurent Pfizer, AstraZeneca et l’√©diteur de logiciels Oracle. Cela montre que les entreprises peuvent op√©rer de vrais changements et se fixer des objectifs ambitieux en adoptant de nouvelles m√©thodes de travail, en rempla√ßant les voyages en avion par des modes de transport alternatifs comme le train ou en recourant davantage √† la collaboration virtuelle.

¬ę Alors que le Covid a pouss√© le monde de l’entreprise √† se connecter et √† travailler en r√©duisant le nombre de vols, de nombreuses soci√©t√©s tardent √† diminuer l’empreinte climatique de leurs vols d’affaires. Nous ne pouvons plus nous permettre des promesses vides de la part des chefs d’entreprise. Il faut davantage d’actions et d’engagements contraignants pour maintenir les vols d’affaires √† un niveau plus bas ¬Ľ explique Lo√Įc Bonifacio, membre de Pour un R√©veil √©cologique.

Notes aux éditeurs

[1] Les 25 entreprises mentionn√©es sont les plus “grandes voyageuses” en 2019 parmi les 328 entreprises s√©lectionn√©es dans le classement Travel Smart (liste compl√®te ici). Elles sont responsables de 36 % des √©missions des entreprises du classement.

Les émissions de 2019 ont été retenues car elles sont plus représentatives des voyages aériens des entreprises hors période de Covid. Les entreprises doivent prendre 2019 comme point de référence pour leurs objectifs de baisse des émissions. Concernant l’absence de politique spécifique de réduction, les données ont été arrêtées au 31 décembre 2023.

[2] La campagne Travel Smart demande aux entreprises de se fixer des objectifs de r√©duction des √©missions li√©es aux voyages d’affaires d’au moins 50 %, d’ici √† 2025 ou plus t√īt. Cet objectif a √©t√© fix√© sur la base de l’analyse rigoureuse de la feuille de route de Transport & Environment pour une aviation climatiquement neutre, qui montre qu’une r√©duction de 50 % de l’ensemble des voyages d’affaires est n√©cessaire au cours de cette d√©cennie, afin de maintenir l’aviation dans une trajectoire compatible avec une augmentation de 1,5¬įC.

Le classement Travel Smart r√©pertorie 328 entreprises am√©ricaines, europ√©ennes et indiennes en fonction de 11 indicateurs relatifs aux √©missions des transports a√©riens, aux objectifs de r√©duction et √† la communication d’informations. Les entreprises se voient attribuer une note A, B, C ou D. Dans l’√©dition de cette ann√©e, 16 entreprises ont obtenu la note A, 40 la note B, l’√©crasante majorit√© la note C (230) et 42 la note D.¬† Il s’agit de la troisi√®me √©dition du classement.

Ce classement porte uniquement sur les vols effectu√©s par les entreprises. Pour qu’une entreprise soit consid√©r√©e comme un vrai leader de la transition, son mod√®le √©conomique global doit √©videmment √™tre pris en compte.

 

 

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